23 janvier 2008

Interdiction du maïs MON 810: le triomphe de la démagogie

ogmLe gouvernement a décidé d'avoir recours à la clause de sauvegarde auprés de l'Union Européeenne pour lui permettre d'interdire la culture en France du maïs transgénique MON 810. Il a fondé sa demande sur l'avis de la Haute Autorité provisoire sur les OGM qui fait part de "doutes sérieux" sur ce maïs. Cet avis a été rédigé par le président de cette Haute Autorité le sénateur UMP de la Manche Jean-François Le Grand.


Là où le bât blesse c'est que parmi les membres de cette instance, 14 d'entre eux, à la suite de la publication de cet avis ont signé un texte de protestation.
Dans un communiqué, les protestataires estiment que « le projet d'avis qu'ils ont rédigé le 9 janvier 2008 sur la dissémination
du MON 810 sur le territoire français ne comporte pas les termes de “doutes sérieux”, pas plus qu'il ne qualifie les faits scientifiques nouveaux de “négatifs”», comme l'a déclaré Jean-François Le Grand. Ils se disent «gênés par le décalage entre l'avis tel qu'ils l'ont rédigé et sa transcription». Le communiqué est signé par 12 des 15 membres du comité scientifique et deux membres de la section économique, éthique et sociale.


Par ailleurs quarante scientifiques de haut niveau, dont Roland Douce ( Grenoble) et Christian Dumas ( ENS Lyon) dénoncent dans la demande de clause de sauvegarde par la France pour le MON 810, le détournement de la science par le politique.

"Nous nous étonnons de voir ainsi peu pris en compte le travail des scientifiques dans ce domaine. Rappelons qu'avant toute autorisation de mise en culture chaque OGM est l'objet, au cas par cas, d'évaluations approfondies tant au niveau national qu'européen" rappelle les signataires, parmi lesquels Douce Roland, de l'Académie des  Sciences, spécialiste du métabolisme de la cellule végétale et Dumas Christian (Académie des Sciences), spécaliste du développement  des végétaux.

« L'impact sur l'environnement de même que la sécurité sanitaire sont aujourd'hui évalués au plan national par la Commission du génie biomoléculaire (CGB) et/ou l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) puis au plan européen par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA). L'autorisation de mise en marché ne peut être obtenue qu'après consultation de ces deux niveaux. Le seul OGM actuellement cultivé en Europe avait obtenu, des instances nationale et européenne de l'époque, un avis favorable" rappellent les signataires du texte.

Il est assez clair, au vu de ces informations, que la décision du gouvernement a été guidée par de toutes autres considérations que scientifiques.
N. Sarkozy dans sa stratégie d'ouverture tous azimuts a voulu faire une concession aux écologistes, particulièrement à José Bové qui, ayant disparu depuis les présidentielles, a trouvé avec le maïs MON 810 un moyen de refaire parler de lui.

En même temps N. Sarkozy avec cette interdiction tente de faire croire que le Grenelle de l'environnement a servi à quelque chose. C'était d'autant plus nécessaire que des "doutes sérieux" se font jour de tous côtés sur les suites de ce Grenelle qui risque bien de n'avoir été qu'un gigantesque effet d'annonce sans vrais lendemains, faute de moyens.

Encore une fois c'est le triomphe de la démagogie!

Posté par J_Mizoule à 16:13 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Interdiction du maïs MON 810: le triomphe de la démagogie

    ogm

    Bonjour Jacques,

    Comme tu le sais déjà, j'ai un avis beaucoup plus réservé que toi sur l'OGM en question.
    Tout d'abord, je ne crois pas beaucoup à ces fameux OGM insecticides ou pesticides 2 en 1 qui seraient censés limiter les consommations de ces mêmes produits : d'une part les molécules insecticides se trouvent désormais produites par la plante elle-même et à des concentrations souvent très importantes, et d'autre part elles se concentrent ensuite tout au long de la chaîne alimentaire (humain compris) et donc à terme terminent leur course dans l'environnement.
    Ensuite, les Allemends venaient de l'interdire suite à différentes études toxicologiques visblement très négatives.
    Enfin, je me méfie toujours de la composition des membres de la CGB si décriée, car certains scientifiques tout auréolés de titres universitaires et de collaborations avec des laboratoires prestigieux, conservent des liens étroits et des programmes de recherches en partenariat avec les transnationales de la chimie (et/ou semenciers-chimistes).
    Par ailleurs et comme d'habitude, un débat de fond sur les différents types de recherches, de perspectives en matière d'OGM, n'a pas été abordé. Je reste persuadé que seul des engagements conséquents en faveur de la recherche fondamentale sur les "biotechnologies" pourront nous permettre de prendre des décisions raisonnées. A ce titre, il faut souligner la faiblesse des recherches consacrées à la toxicologie et à l'écotoxicologie.

    A bientôt, Julien

    PS: je sens que je vais te faire bondir!

    Posté par julien, 24 janvier 2008 à 09:26 | | Répondre
  • Prudence !

    Bonsoir Jacques,

    J'ai assisté à plusieurs conférences sur les OGM - à Cébazat, Vic le Comte,... J'en ai parlé avec Paul Barnola, dont l'avis a été évolutif. Et à ce jour, je ne suis pas capable d'avoir un avis tranché sur la question. Une chose est sûre : vus la complexité du débat et les risques potentiels, non négligeables, je me range à l'avis d'Albert Jacquart, en qui j'ai une entière confiance. Dans sa "Nouvelle petite philosophie", il écrit : "Les OGM sont un autre exemple de cet oubli du long terme, doublé d'un mensonge à propos des besoins en nourriture. Un rapport très complet a été fourni par l'ONU sur la capacité à nourrir les hommes. Dans les conditions de production actuelles, sans recours à des modifications génétiques, la Terre peut nourrir plus de 10 milliards d'hommes. Or nous serons probablement à peine 9 milliards à la fin du siècle... si certains peuples souffrent de la faim, la cause n'est pas le manque global de nourriture, mais sa mauvaise répartition. Ce n'est pas un problème technique de production, mais un problème politique". Il ajoute qu'"en l'absence de connaissance précise des risques pour l'environnement, la sagesse devrait être appliquer le principe de précaution". En fait, "il s'agit de la mise sous tutelle de tous les agriculteurs de la planète par les entreprises multinationales productrices de semence".
    Je souscris entièrement à sa vision des choses. Pourquoi n'écoute-t-on pas plus des gens comme MONSIEUR Jacquart ?

    Amitiés.

    Lionel Bredeau.

    Posté par Lionel, 24 janvier 2008 à 18:57 | | Répondre
  • OGM

    Je n'ai jamais compris pourquoi le parti communiste qui est à l'avant garde dans toutes les explications qu'il peut donner sur tous les sujets est pour les Ogm alors que la manipulation génétique est dangereuse quelle qu'elle soit.

    Vous savez trés bien que la folie des hommes ne peut être contrôlée et qu'elle peut apporter le pire comme le meilleur. Et le principe de précaution ici a tout son sens.

    Deuxiéme réflexion: on sait trés bien que les manipulations génétiques ne vont servir que les grands groupes capitalistes afin d'asservir encore davantage tous les agriculteurs de la planète comme l'a dit Lionel Bredeau. Alors pourquoi soutenir une telle direction, il y a de quoi être troublé. Celà me choque beaucoup de voir que ce parti fait un bout de route au côté des capitalistes, avec les socialistes, c'est amplement suffisant.

    Il me semble que le parti communiste devrait à nouveau réfléchir à ce problème qui devient urgent.

    Posté par Denise Mainard, 03 mars 2008 à 20:54 | | Répondre
Nouveau commentaire